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--- Réflexions personnelles en marge de mon actualité, à la mémoire de Jean Paul II --- Blogue catholique francophone ---

2006-03-27

Formidable d'être en vie

À la une du journal LeDroit (le lundi 27 mars 2006): «C’est formidable d’être en vie». James Loney est un chanceux. Il a échappé à la mort. Ce qui est ironique, c’est qu’il était sûrement prêt à rencontrer son Créateur, étant un «missionnaire». Il sera sans doute de ceux qui vivent avec plus d’intensité parce qu’ils sont conscients de vivre sur du temps emprunté.

C’est drôle comme on a peur de la mort. Est-ce la peur de quitter ceux qu’on aime, la peur de l’inconnu, la peur de la souffrance? Paraît-il que c’est souffrant de mourir, comme c’est souffrant de naître, comme c’est souffrant de vivre.

On prend des détours (des circonlocutions) pour éviter de dire que quelqu’un est mort, comme si ce mot était impudique: «depuis que tu nous a quitté», «le cher disparu», maintenant qu’il est parti», etc. J’aime mieux ceux qui parlent «d’entrer dans la vie», de «passer dans un monde meilleur», «une nouvelle naissance», etc.

C’est dur de mourir quand on aime la vie. «C’est dur de mourir au printemps», comme dit le moribond de Jacques Brel. C’est dur de mourir, même quand on est misérable. On s’accroche à la vie. C’est pourquoi il est si surprenant que des gens veulent en finir, que d’autres gens veulent leur aider.

Suicide, suicide assisté, euthanasie : c’est pas des beaux mots, encore moins des belles choses. Ce doit être terrible d’être si malheureux qu’on veuille en finir. On doit être terriblement seul pour vouloir se jeter dans le vide. On doit avoir le cœur et l’esprit terriblement tordu, si on s’imagine aimer et aider son prochain en le poussant dans le trou. Quand on ne croit pas à la Vie éternelle, à un Dieu amoureux de la vie, qui nous laisse apprendre la vie avant de nous accueillir dans la Vie, on verse dans des aberrations inconcevables.

Il me semble que je serais prêt à mourir. C’est comme un saut dans le vide, mais il y a Quelqu’un qui m’attend, qui va m’attraper et me serrer dans ses bras. Je ne tiens pas à mourir avant mon heure. J’ai peur de souffrir, de ne pas savoir souffrir, d’embêter les gens qui vont m’accompagner le jour de ma graduation, mais je n’ai pas peur de ce qui m’attend de l’autre côté du voile.

C’est pris hors contexte, mais j’aime bien quand T. S. Eliot dit : «Priez pour nous maintenant et à l’heure de notre naissance.» J’entends ici naissance comme un synonyme de mort. Le bébé confortable dans le chaud nid du ventre de sa maman y resterait toujours. Nous somme si bien sur la planète bleue, malgré toutes les misères qu’on y côtoie, qu’on opterait peut-être pour l’immortalité si elle nous était offerte, plutôt que de passer à un Autrement autrement meilleur mais inconnu. On est bien ici-bas, mais c’est un exil/asile provisoire. Notre destinée est Ailleurs et nous ne sommes que des gens de passage, des stagiaires, des jeunes aux études avant d'amorcer la vraie vie.

Cette réflexion sur la mort, alors qu’il fait un soleil de printemps et que je suis en santé, a été déclenchée par la citation de T. S. Eliot. Elle coïncide avec une relecture du Dialogues des Carmélites qui est aussi une méditation sur l’essence de la peur devant la mort, peur apprivoisée et domptée par l’identification à l’agonie du Christ et par la puissance de la communion des saints.

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