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--- Réflexions personnelles en marge de mon actualité, à la mémoire de Jean Paul II --- Blogue catholique francophone ---

2007-04-13

L'Homme armé de Jenkins

J'ai eu le plaisir d'assister (le 12 avril 2007) à une présentation de l'œuvre de Karl Jenkins «The Armed Man: A Mass for Peace» par un ensemble d'environ 200 choristes et musiciens de l'Université d'Ottawa. C'était impressionnant, d'autant plus que cette semaine huit soldats canadiens ont donné leur vie à Kandahar et que lundi passé nous commémorions la bataille de Vimy. Pour ajouter à la beauté de la musique et des paroles, un montage d'images évocatrices accompagnait le déroulement.

Pour nous qui vivons l'après 9/11 et la guerre en Irak, le contenu de la Messe de Jenkins semble prophétique. Il atteint l'universel par un choix de textes de diverses époques, de divers pays et de diverses religions, structuré par les éléments traditionnels de l'ordinaire de la messe latine.

La musique est une musique efficace en ce sens qu'elle joue sur les émotions. Elle épouse et amplifie le contenu des textes. C'est de la musique populaire d'inspiration classique. L'œuvre est une méditation priante chargée d'émotion sur les guerres qui ont déchiré notre passé et surtout le XXe siècle, pour nous inciter à choisir la paix. La musique est une musique d'atmosphère (comme de la musique de film) à riche sonorité: les cuivres (la trompette), les cordes (le violoncelle), les percussions (le tambour), les chœurs et les solistes sont agencés pour nous accrocher sans trop de langueur ou de longueurs. C'est une musique dynamique, accessible à un large public.

Je trouve intéressante la progression de cette pièce en 13 mouvements, regroupés en 3 parties:

A) 1. L'Homme armé, 2. l'Appel à la prière, 3. Kyrie, 4. Save Me from Bloody Men, 5. Sanctus, 6. Hymn before Action;

B) 7. Charge! … (Silence) … L'Appel aux morts, 8. Angry Flames, 9. Torches;

C) 10. Agnus Dei, 11. Now the Guns Have Stopped, 12. Benedictus, 13. Better Is Peace.

La première partie présente les guerres du passé, débutant par la présentation de l'«Homme armé», mélodie de la Guerre de Cent ans accompagnée du bruit des tambours d'une armée genre napoléonien marchant au pas et du piccolo criard. Suit une musique plus contemplative: l'«Adhan», appel à la prière du muezzin (impressionnant!) et le «Kyrie» qui implore la miséricorde divine. La guerre revient avec des extraits des psaumes 56 et 59 dans une tonalité grégorienne qui vire à la colère à la fin et un «Sanctus» qui loue le Seigneur des Armées. L'«Hymn before Action» est un chant stimulant qui se termine par «Seigneur, accorde-nous la force de mourir.»

La deuxième partie dépeint l'horreur destructrice de la guerre moderne: «Charge!» (rythmé et mélodieux) culmine sur un moment de silence qui se clôt sur l'«Appel aux morts» traditionnel à la trompette. Suivent deux descriptions sonores de la terreur de la guerre atomique.

La troisième partie se veut une prière à l'aube du XXIe siècle pour un temps de paix. L'«Agnus Dei» de la messe des défunts et «Now the Guns Have Stopped» soulignent le vide douloureux que les morts laissent derrière eux. Le «Benedictus» a une introduction musicale tellement mélodieuse et émouvante. La conclusion «Better Is Peace than Always War» reprend la mélodie de l'«Homme armé». Le poème de Tennyson est une prière: «Ring out the thousand wars of old, Ring in the thousand years of peace». Le tout se termine par Apocalypse 21, qui assure qu'un temps viendra où Dieu séchera toutes larmes.

L'enthousiasme des exécutants a été remercié par des applaudissements nourris et prolongés. Voilà une œuvre d'une grande sincérité et unité de propos que j'aurai plaisir à réentendre quand l'occasion se présentera.

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