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--- Réflexions personnelles en marge de mon actualité, à la mémoire de Jean Paul II --- Blogue catholique francophone ---

2007-01-19

«Les Dialogues des Carmélites»

J'ai fait une présentation sur l'œuvre de Bernanos et sur celle de Poulenc à un café littéraire. Une heure et demie pour distiller la centaine d'heures de lecture, d'écoute et de recherche que j'ai encaissées, ce n'est pas suffisant. Mais tout ce temps avait été plein d'agrément, comme une chasse au trésor, ou remonter le Nil jusqu'à sa source.

J'ai appris que l'histoire de Bernanos était basée sur le scénario d'Agostini et Bruckberger, qui était basé sur une nouvelle de Gertrud von Le Fort («La dernière à l'échafaud»). Cette dernière a romancé un récit de Mére Marie de l'Incarnation qui avait voulu garder vivant le souvenir de ses 16 compagnes guillotinées durant la Terreur. J'ai constaté que le livret de l'opéra de Francis Poulenc était très proche du texte de George Bernanos, ne sacrifiant rien de sa thématique.

J'invite ceux et celles qui n'ont pas lu les Dialogues ou écouté l'opéra à le faire. J'insiste que ce n'est pas une leçon d'histoire sur un fait divers de la Révolution française, mais, comme toutes les œuvres de fiction qui valent leur sel, un faisceau de thèmes qui véhiculent une vision du monde par le biais d'une histoire. Von Le Fort, Bernanos et Poulenc étaient tous les trois des chrétiens convaincus et des opposants au rouleau compresseur nazi. Ils étaient sur la même longueur d'onde pour affirmer, chacun à sa façon, que la spiritualité est la réponse au totalitarisme.

Poulenc a consacré trois ans de sa vie à mettre en musique les mots et l'esprit de Bernanos. Il a réussi à exprimer musicalement la spiritualité, je dirais la mystique de Bernanos. Les amateurs d'opéra italien seront musicalement dépaysés. La plus grande partie de l'œuvre est sur le mode récitatif, la prosodie et la musique sont proches des paroles et des émotions. Il y a très peu d'airs chantants, du genre que l'on retient et qu'on fredonne sous la douche. Les airs mélodieux sont surtout des chants latins mis en musique. Ils sont d'une beauté transcendante, des sommets musicaux, des chefs-d'œuvre à l'intérieur d'un chef-d'œuvre.

Les Dialogues sont le chant du cygne de Bernanos, son testament spirituel, sa dernière œuvre, celle où il a mis le plus du sien. D'une façon, c'est une méditation sur la mort, sa propre mort qui approche. Je ne peux toucher que brièvement la riche thématique de cette œuvre.

Le thème principal est nettement celui de la communion des saints, (la communion des pécheurs), de la solidarité spirituelle. Il y a un échange mystérieux entre la première prieure et Blanche de la Force. La prieure, une sage et sainte religieuse, meurt d'une mort horrible, terrifiée devant le passage ultime. Blanche, qui a peur de la vie et de la mort, finit par rejoindre ses sœurs à l'échafaud, pour y donner sa vie en toute sérénité. Sœur Constance fait une comparaison: c'est comme si en passant au vestiaire, on avait remis à la prieure le manteau de quelqu'un d'autre.

Personne ne sait comment sa mort se présentera. Les croyants peuvent espérer une mort sereine dans l'assurance qu'un Père aimant les attend, mais le fait est qu’aucune personne ne sait comment elle vivra cette expérience. L'Agonie du Christ est porteuse de toutes les agonies et notre agonie sera peut-être conforme à la sienne. Sœur Blanche de l'Agonie du Christ, en raison de sa sensibilité maladive, était porteuse de la souffrance de sa fin de siècle. Elle était identifiée au Christ souffrant qui porte les péchés du monde, mais, par grâce, elle a pu mourir unie au Christ du matin de Pâques.

La primauté du spirituel, la primauté de la prière, est soulignée fortement: le travail, la raison d'être des Carmélites est de prier pour le salut du monde. C'est la prière qui «mérite» le salut du monde. Les dictatures ont horreur des priants, car ce sont les grands subversifs, ceux et celles qui ne courbent pas l'échine devant la Bête. La prière peut aller jusqu'à l'immolation. Le sang des martyres est leur ultime prière, qui crie vers le Ciel. Est-ce que le sacrifice des martyres de Compiègne a sonné le glas de la Révolution? Dix jours plus tard, la Terreur prenait fin avec la mort de Robespierre!

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