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--- Réflexions personnelles en marge de mon actualité, à la mémoire de Jean Paul II --- Blogue catholique francophone ---

2007-04-28

Relativisme vs absolutisme

Dans le Ottawa Citizen du 27 avril 2007, mon ami Richard Bastien signait un texte d'opinion intitulé «Secularism Can't Guide Moral Society». J'ai apprécié la lucidité de son analyse et, pour mieux la saisir, je fais ici un résumé personnel (difficile de résumer sans le trahir un texte si dense!) des idées maîtresses de cette réflexion.

La guerre culturelle dans la civilisation de l'Ouest met en opposition la tradition judéo-chrétienne et le sécularisme. Le sécularisme, bien qu'il s'oppose à toute manifestation publique de religion (surtout du christianisme et ldu judaïsme), comporte plusieurs des caractéristiques d'une religion. Il a ses dieux (l'État et l'individualisme), son langage théologique (la rectitude politique), sa fondation morale (le relativisme). De plus, il brime ceux et celles qui s'opposent à son idéologie.

Le sécularisme présente trois difficultés majeures:

1. Un des ses axiomes est que ce qui ne peut être prouvé de façon scientifique et empirique n'a aucune valeur. Tout ce qui a trait à la recherche philosophique de la vérité et des valeurs n'est qu'opinion personnelle. La recherche de standards universels du bien et du mal pour la conduite de la vie n'a aucune validité pour le séculariste, car cela ne peut être prouvé scientifiquement. L'objectivité au niveau de ce qui ne tombe pas sous l'empire des sens est jugée impossible. C'est ainsi que la recherche du bien commun à partir d'un droit naturel ou d'un bien transcendant est irrecevable pour les sécularistes.

2. Un deuxième axiome est que la liberté et la responsabilité n'existent pas, car la conduite humaine s'explique par des causes matérielles. Il n'y a pas de place pour la maîtrise de soi, pour la morale, pour la voix de la conscience. L'être humain ne peut se contrôler lui-même, c'est donc l'État qui doit régler la conduite des citoyens. L'État doit se faire le policier des mœurs, car les citoyens ne savent pas se conduire sans être contraints ou modelés. L'éducation à la liberté, à la responsabilité, à la rectitude morale est inutile parce qu'impossible. L'État policier se substitue à l'état de grâce.

3. En troisième lieu, puisque le bien universel, objectif, transcendant n'existe pas, il s'ensuit que la définition du bien ne relève pas de la raison, mais d'un consensus. La majorité des voix (dans une démocratie) ou la loi du plus fort (dans un État totalitaire) décide de la moralité des actes. Le «bien» est relatif, évolutif, subjectif, arbitraire. Puisque la loi de la raison ne peut pas parvenir à définir le bien, c'est la loi du nombre ou la loi du plus fort qui régit la conduite des citoyens. La dissidence est réprimée par la violence des forces de l'ordre. L'intolérance des opinions et des idéologies qui vont à l'encontre du sécularisme ambiant se manifeste dans les médias et dans l'activisme judiciaire. Un chrétien ou un juif ou un philosophe athée qui cherche à proposer sa vision du monde se fait accuser de vouloir s'imposer et de brimer la liberté des autres.

Nous voyons que les rationnels (souvent des croyants) et les sécularisants ne parlent pas le même langage, car ils partent de principes fondamentaux incompatibles. Les chrétiens (ainsi que tous ceux et celles qui croient en la validité de la raison) voudraient que la loi positive (les lois dictées par les gouvernements et les juges) se conforme à la loi naturelle (celle découverte à partir d'une réflexion sur la nature). Il s'agirait de découvrir à l'aide de la droite raison ce qui correspond à la nature humaine et de créer des lois qui protégeraient et amélioreraient la qualité de vie des citoyens en se basant sur la vérité objective de la nature humaine.

Le relativisme moral prôné par les sécularistes règne surtout dans le domaine sexuel, car les sécularistes croient que ce qui est du domaine personnel et privé ne devrait être sujet à aucune législation. Les croyants et droits-pensants enseignent que la licence sexuelle a des incidences sur l'individu, sur le couple, sur la famille, sur les enfants, sur la société. Sexualité et société sont indissociables. La relation entre l'usage réglé de la sexualité et l'avenir (la survie) de la société est évidente. L'épanouissement des enfants dépend de la solidité du couple et de la famille. Les mœurs sexuelles libres affaiblissent le couple et la famille et nuisent à la procréation et à l'éducation d'enfants sains qui seront les citoyens de demain.

Quand les croyants s'expriment sur des valeurs fondamentales comme celles de la sainteté de la vie de la conception à la mort naturelle, de la sainteté du mariage traditionnel (un homme et une femme qui s'unissent pour la vie dans la fidélité et l'amour et l'ouverture à la vie), les droits et les responsabilités des parents dans l'éducation des enfants, le droit d'exprimer publiquement ses valeurs et sa foi, les sécularistes clament haut et fort que c'est empiéter sur les droits de ceux qui pensent autrement. À leur dire, il faut agir dans la place publique comme si Dieu n'existait pas afin de protéger les droits de ceux qui ne croient pas en Dieu. De sorte que chacun a le droit de décider par lui même ce qui est bien pour lui, sauf les chrétiens.

Avec monsieur Bastien, je ne peux que conclure que dans notre société, un clivage se fait entre les relativistes (ceux qui croient que chacun décide par lui-même de ce qui est bien) et les absolutistes (ceux qui cherchent à déterminer par la raison la teneur d'une loi morale universelle et objective).

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